FAQ

Défenses contre le voyeurisme au Canada

La police peut porter une accusation de voyeurisme si une personne regarde ou enregistre des images d'une personne qui croit se trouver dans un endroit privé. Pour être reconnu coupable de voyeurisme, la Couronne doit prouver que :

  • l'observation ou l'enregistrement a été fait subrepticement ;
  • l'infraction s'est produite dans un endroit où la plainte avait une attente raisonnable en matière de vie privée ;
  • l'observation ou l'enregistrement a été fait dans un but sexuel.

Si la police estime que ces trois conditions sont remplies, elle peut porter des accusations de voyeurisme en vertu de l'article 162 (1) du Code criminel. Cet article du Code stipule que l'impression ou la publication de ces enregistrements ou images constitue également une infraction. Les personnes reconnues coupables sont passibles d'une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement si l'accusation est traitée comme un acte criminel, des peines moins sévères étant prévues pour les personnes reconnues coupables d'une déclaration sommaire de culpabilité.

La meilleure défense contre une accusation de voyeurisme dépend toujours des circonstances. Voici quelques défenses courantes.

Il n'y avait pas de droit à la vie privée

Une défense courante contre le voyeurisme consiste à faire valoir que le plaignant n'avait pas de droit raisonnable à la vie privée dans les circonstances. Un exemple serait celui d'une plage nudiste, comme l'illustre une affaire de 2014 de la Cour de justice de l'Ontario. Il s'agissait d'une femme de 33 ans qui se trouvait à Hanlan's Point, une plage où les vêtements sont facultatifs, à Toronto. Selon le jugement, d'autres personnes lui ont dit qu'un homme avait pris des photos d'elle.

Elle s'est approchée de lui - il était également nu - et lui a dit qu'il n'était "pas correct" qu'il la prenne en photo sans son consentement, peut-on lire dans les documents judiciaires, l'homme acceptant de supprimer ses photos. N'étant pas satisfaite, elle a demandé à un agent de police d'arrêter l'homme pour voyeurisme, bien qu'il n'y ait pas de panneau interdisant la photographie.

L'officier a demandé à voir son appareil photo et a trouvé 47 autres photos prises ce jour-là, toutes d'adultes nus, peut-on lire dans le jugement, ajoutant que l'officier qui a procédé à l'arrestation a expliqué à l'homme que le voyeurisme était le fait de prendre des photos sans le consentement du sujet pour la gratification sexuelle du photographe.

Lors du procès, le juge a rejeté l'accusation, notant que la notion de vie privée de la femme ne pouvait "raisonnablement inclure l'attente qu'elle ne serait pas photographiée alors qu'elle prend un bain de soleil sur une plage nue".

Le jugement poursuit en disant que "la vie privée n'est pas abordée comme une garantie constitutionnelle à laquelle mesurer la gravité de la faute de l'État, mais plutôt comme un concept normatif dont les marges sont déterminées par un certain nombre de facteurs situationnels. Par exemple, le voyeurisme ... exige littéralement la preuve que la conduite du défendeur a porté atteinte aux attentes raisonnables des baigneurs nus en matière de vie privée."

Je n'étais pas responsable de l'enregistrement

Pour obtenir une condamnation avec une accusation de voyeurisme, la Couronne doit prouver hors de tout doute raisonnable que vous étiez la personne qui a fait l'observation ou l'enregistrement. À moins que la police ne puisse montrer que vous avez contrôlé ou installé la caméra en question, vous pourriez faire valoir que vous n'êtes pas responsable des images qu'elle a captées. À l'inverse, si les images se trouvent sur votre smartphone ou votre appareil photo personnel, cette défense ne vous sera pas accessible.

La police a violé les droits que me confère la Charte

Il y a eu des cas où la police a violé les droits inscrits dans la Charte canadienne des droits et libertés lors de la collecte de preuves. Peut-être ont-ils trouvé des vidéos et des photos incriminantes lors d'une fouille illégale de votre téléphone ou de votre ordinateur. Dans ce cas, l'article 8 de la Charte peut être cité par votre avocat, car il accorde à chaque Canadien le droit "d'être protégé contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives". Si le tribunal est d'accord, toutes les preuves recueillies par la police lors de la perquisition illégale doivent être exclues.

Le plaignant a donné son consentement

Si vous pensiez que la personne que vous enregistriez avait consenti à ce qu'on la prenne en photo à des fins sexuelles, cette défense peut être invoquée, mais elle est très spécifique à chaque cas.

L'enregistrement n'avait pas un but sexuel

Bien que le fait de photographier ou de filmer une personne à son insu puisse entraîner des complications juridiques, cela peut ne pas constituer un acte de voyeurisme criminel s'il n'y a pas d'intention sexuelle. Par exemple, une caméra de sécurité peut filmer des personnes en train d'avoir des relations sexuelles, mais il est possible de soutenir que l'emplacement de la caméra n'avait pas d'intention sexuelle.

La vie privée n'est pas perdue lorsqu'on est en public

Un arrêt de 2019 de la Cour suprême du Canada (CSC) donne un aperçu de ce qu'est une attente raisonnable en matière de vie privée lorsqu'une personne se trouve dans un espace public. Cette affaire concerne un enseignant du secondaire qui a utilisé une caméra montée sur un stylo pour enregistrer secrètement des séquences des seins d'étudiantes.

Le juge de première instance a estimé que la Couronne n'avait pas prouvé que l'enseignant avait fait ces enregistrements subreptices dans un but sexuel, et il a donc été acquitté. La Cour d'appel de l'Ontario a jugé que les enregistrements avaient été faits à des fins sexuelles, mais a conclu que les élèves n'avaient pas d'attente raisonnable en matière de vie privée dans les aires communes de l'école.

La CSC a jugé à l'unanimité que les élèves avaient une attente raisonnable en matière de vie privée dans tous les secteurs de l'école, et a déclaré l'enseignant coupable de voyeurisme. Dans son raisonnement, la Cour a rejeté l'idée que, du simple fait que les jeunes femmes se trouvaient dans les couloirs d'une école quasi publique où elles pouvaient être vues par d'autres personnes, y compris par les caméras de sécurité de l'école, elles ne pouvaient pas raisonnablement s'attendre au respect de leur vie privée.

Le concept de "vie privée" défie toute définition facile (...) dans un sens général et tel qu'il est ordinairement utilisé, le mot "vie privée" inclut le concept d'absence d'examen, d'intrusion ou d'attention non désirés", peut-on lire dans le jugement. "L'attente raisonnable en matière de vie privée (...) est l'attente que l'on ne soit pas observé ou enregistré visuellement".

Un plaidoyer de culpabilité mène à une probation

Un ancien directeur de Tim Hortons a été mis en probation pendant 18 mois après avoir admis avoir filmé une employée adolescente en train de se changer, selon un reportage.

Selon l'article, l'adolescente était sur le point d'entrer dans les toilettes pour se changer avant son quart de travail lorsque le gérant lui a demandé d'attendre dehors pendant qu'il fermait la porte pour soi-disant réparer une lumière. Lorsqu'elle est entrée dans les toilettes et a commencé à se changer, elle a remarqué un téléphone portable sur une étagère, qui la filmait.

Elle a apporté le téléphone à son superviseur qui l'a apporté à la co-directrice du magasin, la femme de l'homme. L'histoire note que la superviseuse a expliqué ce qui s'était passé et "n'a pas reçu le meilleur accueil" de la part de la cogérante.

L'histoire ajoute que dans une déclaration de la victime, l'adolescente a déclaré que l'incident l'avait traumatisée : "Chaque fois que je dois utiliser des toilettes publiques, je vérifie d'abord s'il y a des appareils qui enregistrent... J'essaie de ne rien faire qui puisse m'embarrasser, juste au cas où je serais enregistrée."

Qu'est-ce qui définit la notion de « creep » par rapport à celle de "criminel" ?

Internet a favorisé la prolifération des "comptes de pervers", où des hommes publient des photos de femmes qui mettent l'accent sur leurs seins ou leurs fesses à leur insu.

Les tribunaux ont déterminé que les personnes qui prennent des vidéos ou des photos de "jupes hautes" peuvent être poursuivies en vertu des lois canadiennes sur le voyeurisme, mais la police affirme que la plupart des contenus des comptes de " pervers " n'atteignent pas ce niveau, même s'ils sont "extrêmement troublants", selon un rapport de presse.

On y apprend qu'un homme de Calgary, qui a accumulé près de 17 000 abonnés en publiant des centaines de photos enregistrées secrètement, a été accusé de voyeurisme après avoir publié des vidéos de femmes montant des escaliers ou prenant un escalator.

L'une des femmes montrées dans ces vidéos aurait déclaré qu'il était effrayant "de penser qu'il y a quelqu'un qui fait ce genre de choses... c'est assez effrayant de penser à ce qui pourrait arriver".

Dans le même temps, elle aurait déclaré que la photographie publique, qui consiste à prendre des photos de la vie quotidienne d'inconnus dans des lieux publics, devrait être maintenue, ajoutant que le fait de décider si une photo est artistique ou effrayante dépend entièrement du "contexte" et de la raison pour laquelle elle est prise.

Pourquoi vous avez besoin de mon aide

Les allégations de voyeurisme peuvent ruiner votre carrière et votre statut dans la communauté. Vous pouvez également être emprisonné si vous êtes reconnu coupable. Si vous faites l'objet d'une enquête ou si vous avez été accusé, contactez-moi avant de faire une déclaration à la police. L'une des défenses décrites ci-dessus peut vous convenir, ou nous pouvons développer une stratégie adaptée à votre cas.

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Agression Sexuelle